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  • : Adriana Evangelizt Poete Rebelle Mystique Libre-Penseuse
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  • : poesie
  • : Le Poète -le vrai- porte la croix du monde dans son coeur. Il y trempe sa plume et écrit dans son sang le malheur des hommes et leur espoir. Dénoncer, accuser, se battre pour la Liberté, tel est son destin.
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Jeudi 3 mai 2007

 

 

 

Assumer sa différence

Je dédie ce texte à Joël qui m'a laissé un commentaire ici

 

Je sais très bien que les Noirs et les Arabes sont les premières victimes du racisme dans notre monde occidental et en  France en particulier. Il n'y a qu'à voir le nombre de Noirs et d'Arabes travaillant en tant que présentateurs de télé pour voir déjà combien notre société est égalitaire. Ou à qui appartiennent les grands médias. Je comprends parfaitement la douleur que l'on ressent lorsque lon est ostracisé, moqué, raillé parce que l'on est différent des autres de par l'apparence. C'est quelque chose que j'ai connu lorsque j'étais enfant. Et les enfants sont très cruels entre eux souvent parce qu'ils écoutent ce que disent leurs parents. Les enfants ne sont que le reflet de leurs géniteurs. Rares sont ceux qui s'en démarquent dans l'enfance. 

Ainsi comme mon père était espagnol, on me surnommait "l'espadrille" et comme j'étais mal habillée, on me traitait de "bohémienne". Cela a commencé très tôt. En ce temps-là, dans ma famille, c'était la vraie misère. On n'avait pas comme Sarkozy -qui s'en plaint- du soumon fumé sous cellophane mais du pain trempé dans un bol de café au lait. Une immonde purée qu'il m'était impossible d'avaler comme je l'ai déjà expliqué ICI. Et côté vestimentaire, ce n'était pas du luxe non plus, il faut le dire. Des jupes ou robes affreuses, des souliers éculés, les cheveux en bataille, bref, et question propreté, ça laissait aussi à désirer. Ma mère n'était pas une femme d'intérieur mais elle n'était pas faite non plus pour être mère. A tel point que j'avais honte d'aller à l'école. Oui, honte. Avec ma soeur, nous étions tellement mal habillées que tout le monde se moquait de nous.

A l'âge de 7ans, j'ai commencé à prendre du poil de la bête et à m'allier avec tous les autres "ostracisés", tous les "misérables" aussi mal habillés que moi ainsi que mes potes les gitans. Puisqu'on me traitait de bohémienne, après tout, autant l'être jusqu'au bout.  Et bien évidemment, il ne se passait pas une récréation sans que l'on en découse avec les moqueurs. La bande choc contre la bande chic. Il se trouve que la bande chic, à part ramener sa fraise, ne savait pas vraiment se battre et qu'à la fin du pugilat, ils étaient aussi loqueteux que nous. Je souris en écrivant cela mais c'est la vérité. Et bien évidemment, la première chose que faisaient ces tristes sires c'est d'aller "rapporter" à la maîtresse du cours moyen 1ère année qui était aussi la directrice d'école. Ils ne disaient pas, bien sûr, la vérité. Ils ne disaient pas que l'on s'était rebiffé parce qu'ils nous avaient insulté. Non. Ils racontaient les choses à leur manière et comme j'étais la seule fille de la bande, c'est sur bibi que retombait automatiquement les accusations. Et les punitions. Ils arrivaient en pleurant à la maîtresse "C''est elle." J'avais beau essayer de me défendre, cette chère institutrice se ruait vers moi, me tirait les oreilles à m'en tirer des larmes et cela se finissait inexorablement par une paire de claques devant tout le monde. Les fils et filles de famille, les "bien habillés" avaient sa préférence. Je ne me souviens plus du nom de la "mégère" mais néanmoins, une anecdote avec elle a renversé la donne si je puis dire.

Madame avait les ongles très longs. A tel point qu'un matin ma mère s'aperçoit que j'avais une blessure sur le lobe de l'oreille droite. Elle me demande "Qu'est-ce que c'est que ça ?" Je lui réponds bien évidemment que la  maîtresse me tire les oreilles tous les jours et que cela provient sûrement de là. Ce qui était très curieux avec ma mère c'est qu'elle seule possédait le privilège de me frapper. Elle ne supportait pas que les autres le fassent. Là voilà donc m'accompagnant à l'école. A pied. Il y avait trois km. Plus on avançait sur le chemin et plus elle se montait contre la directrice et plus moi, je m'écrasais redoutant le pire. Je me souviens toujours de notre entrée fracassante dans la salle de classe car on était en retard de surcroit. Elle a ouvert la porte d'un coup sec, surprenant tout le monde puis s'est avancée vers la directrice qui était debout devant son bureau. Et là, l'abattage a commencé. Elle lui a montré mon oreille, lui a pris la main pour bien mettre en exergue ses ongles, l'a menacée de lui casser la gueule, de porter plainte, de la faire passer en conseil. J'en passe et des meilleures.  L'autre n'a pas pu en placer une. Mais la voix de stantor de ma mère emplissait toute la salle de classe à tel point que d'autres instituteurs alertés par le bruit sont venus voir ce qu'il se passait. Puis après avoir vidé son sac, ma mère est partie. Inutile de vous préciser la gueule que faisait madame la directrice. D'autant que j'étais au premier rang. Je me suis retournée à un moment donné pour voir mes copains qui eux étaient au fond. Ils étaient pliés de rire. Ceci n'a pas échappé, bien sûr, au cerbère qui a décidé de me coller pour la récréation avec trois autres. "Tu n'iras pas en récréation. Tu es punie !"

Cause toujours tu m'intéresses. La récréation arrive, tout le monde se lève et sort, sauf les trois condamnés. Je me lève et je suis la foule. En pensant qu'elle m'avait puni sur un moment de colère. Vous allez rire. Je joue un peu puis je vois que la fenêtre de la classe était ouverte. Je viens carrément m'y jucher en me hissant sur le rebord du mur. Je regarde les trois condamnés en train d'écrire sous la dictée du cerbère. Qui m'aperçoit. "Qu'est-ce que tu fais là toi ? Je t'avais dit de rester ici." Elle se rue vers moi, me balance une tarte avec tellement de force que le mur m'en donne une autre. Puis elle hurle "Tu rentres de suite !". J'obtempère en me tenant le front et je sens comme une boule qui grossit à vue d'oeil. C'est vous dire qu'elle n'y était pas allée de main morte. Et bien évidemment lorsque je franchis la porte, elle aperçoit la bosse qui est en train de virer au bleu. Là, il fallait la voir. "Oh mon dieu." Et oui, mon dieu... avec les menaces de ma mère dans la matinée, il est clair et net qu'elle était mal barrée. "Viens là, je vais te soigner." Elle me fait asseoir sur sa chaise, me demande de tenir une pièce sur le front, part chercher des glaçons, revient. Mais la bosse était toujours là. Puis elle commence à me donner des bonbons en me disant "Ne le répète pas à ta mère." Je lui dit "Vous avez un miroir" Elle attrape son poudrier, je regarde mon front et aperçois une bosse égale à une grosse pièce de 2 centimes de l'époque et toute bleue. "Je te promets que tu ne seras plus punie... continue-t-elle. Je te donnerai des bonbons tous les jours, je sais bien que tu ne dois pas en manger souvent." Vous ne pouvez pas savoir tout ce qui se passe dans une petite tête... d'autant que si ma mère voyait la bosse, bien évidemment elle me demanderait des explications et  ça se finirait automatiquement par une raclée. Souvenons nous de l'anecdote du poignet foulé.  Mentir pour se sauver. Je lui ai rendu son poudrier. Je voyais bien qu'elle était mal à l'aise. "Des bonbons tous les jours ?" lui ai-je demandé en passant mon doigt sur la bosse. Elle était agenouillée devant moi. Elle m'a prise par les épaules. "Ce serait très grave pour moi si tu lui dis la vérité." Déjà, la récréation se terminait, les élèves entraient dans la classe. En retournant m'asseoir, je réfléchissais au mensonge qu'il allait me falloir inventer pour couvrir ma maîtresse et ne pas prendre de coups.

Et bien sûr, la suite de l'histoire n'est pas très glorieuse pour ce qui est du mensonge. Avant de quitter la classe à la fin des cours, la directrice m'a encore pris en apparté, la bosse était presque noire. Elle a placé quelques mèches de cheveux dessus pour essayer de la dissimuler. Lorsque je suis arrivée à la maison, ma mère n'était pas là. J'ai vu cela comme une bénédiction. Ma sœur a commencé à chahuter avec moi, je me suis mise à la poursuivre dans la maison... il y avait une grosse cheminée à l'ancienne dans la salle à manger. En prenant un virage trop court, j'ai fait semblant de me cogner la tête contre elle, et je suis tombée en criant "Aïe... aïe... aïe..." et en me tenant le front. A cette époque, il y avait une vieille mamie chez nous. Alertée par les cris, elle est accourue. Et j'y allais de plus belle toujours à terre... "aïe... aïe... aïe..." elle a retiré ma main et lorsqu'elle a vu la bosse... "Oh mon dieu..." Et moi, pleurnicharde... "C'est sa faute... elle arrête pas de m'embêter... et voilà je me suis cognée..." Je tiens à vous rassurer de suite, ma sœur était la chouchou de la mamie et de ma mère. Je savais très bien qu'elle ne risquait absolument rien. Et de fait lorsque ma mère est arrivée, l'histoire est passée comme une lettre à la poste.

Le lendemain matin... lorsque j'ai ouvert la porte tout doucement, la première chose que j'ai vu, c'est la tête de la maîtresse. Elle devait se demander si j'étais seule ou "accompagnée".  Elle s'est levée d'un bond. Est venue vers moi, m'a entraîné dans le couloir pour que personne n'entende. "Alors ?" m'a-t-elle demandé. "Je ne lui ai pas dit que c'était vous." "C'est vrai ?" J'ai acquiescé avec la tête. Alors elle m'a serré fort contre elle en répétant "Merci. Merci. Tu te conduis comme une grande. " Et lorsque nous sommes rerentrées dans la classe, elle me tenait par la main.

Entre elle et moi, désormais, il y avait un secret et un pacte. Mais mieux, une sorte de complicité s'était installée. Quelques jours plus tard, elle nous explique que pour les fêtes de fin d'année, elle a décidé de monter une pièce de théâtre. Elle demande "Y a-t-il des volontaires ?" Quelques doigts se lèvent. Pas le mien. Elle s'avance vers moi et dit : "Tu n'aimeras pas faire du théâtre ?" Je lui réponds que non. "Pourquoi ?" demande-t-elle. "Parce que je crois que je serai mauvaise comédienne." Alors elle s'est penchée vers moi, a planté ses yeux dans les miens en souriant... "Toi mauvaise comédienne ? Allons-donc... je t'inscris d'office."

Parallèlement, avec la bande chic, les choses avaient aussi évolué. A force de voler dans les plumes de ceux qui me traitaient "d'espadrille" ou de "bohémienne", ils en étaient arrivés d'abord à me craindre puis à me respecter. Du haut de mes sept ans, mal fagotée, d'une maigreur extrême, j'avais choisi de me battre plutôt que d'être victime de la méchanceté gratuite des enfants de mon âge. Et comme j'ai vu que c'était payant, j'ai continué dans cette voie par la suite. Y compris avec ma mère qui exécrait toutes les races à part la sienne. Si les parents ne nous inculquaient pas le racisme dès le plus jeune âge, s'ils ne cultivaient pas l'art morbide de la différence, il est clair et net que personne ne regarderait personne avec un œil suspicieux. Nous vivons dans un monde d'intolérance et de méchanceté qui me révulse. Le racisme n'existe pas que par rapport à la couleur de la peau, il existe dans le regard des gens parce qu'une femme est "forte", parce qu'un homme est efféminé, parce qu'un tel est mal habillé, parce qu'un autre a choisi d'être excentrique et la liste est loin d'être exhaustive.

Ainsi je me souviens que dans le village où je vivais après le divorce de mes parents, on m'avait interdit de parler à une jeune fille parce qu'elle était fille-mère. La belle affaire ! Vous vous doutez bien que j'ai sagement obéi et que je n'ai jamais parlé à Dolores. Sourire. Plus tard, elle est devenue ma meilleure amie.

Assumer sa différence et même la revendiquer par rapport aux pauvres moutons qui broutent dans le pré cruel de la méchanceté ou de l'indifférence, voilà l'attitude des Rebelles. Et tous ceux qui ne pratiquent pas le "Aime ton prochain comme toi-même"... ne sont pas nos amis.

A bientôt...

Adriana Evangelizt

 

par Adriana Evangelizt publié dans : Enfance du poète
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Samedi 14 octobre 2006

 

La liberté volée de l'enfance

 

 

La liberté est une "chose" qui s'obtient à la force du poignet, si je puis dire. Pour le poète, elle est essentielle. Dès son plus jeune âge, il rêve d'être libre. Je dis bien il "rêve" car la liberté n'est qu'une utopie. Où que je tourne les yeux, je ne vois que servitude et obligations. Et moi-même je suis tributaire de tout un tas de contraintes dont je me passerai bien. La première étant l'argent. Sans lui, tu ne peux rien faire. C'est donc la première plaie que tu subis dès que tu nais.

Selon que tes parents soient riches ou pauvres, tu seras élevé dans le dénuement le plus complet ou bien tes géniteurs essaieront de t'offrir le maximum de ce qu'ils peuvent t'offrir. Ainsi l'autre jour, je lisais que le "pauvre" Sarkozy n'a pas eu une enfance heureuse et qu'il gardait souvenir "de saumon fumé sous cellophane" qui le dégoutait. Des pauvres qui mangent du saumon déjà, pour moi ne sont pas si miséreux que ça. J'aurai bien aimé avoir du saumon fumé dans mes tendres années. En fait en guise de saumon fumé, j'ai souvent eu droit le soir à un bol de café au lait où trempait du pain sans beurre. Une sorte de bouillie infâme que je n'arrivais pas à avaler malgré les incessants "mange" de mon cerbère de mère. Je faisais tourner ma petite cuiller dans la patée jusqu'à obtenir une sorte de purée marron clair et plus je tournais moins j'avais envie d'avaler. Une bonne assiette de "saumon fumé même sous cellophane" serait sans doute mieux passée. Mais, en l'occurence, je n'avais qu'une seule liberté, celle d'avaler de gré ou de force ce truc si peu appétissant. Je mangeais donc et j'y mettais le temps. Et plus je mettais de temps plus ma mater se mettait en colère. Cela finissait invariablement par des coups puis illico presto, on me couchait. Bien évidemment, la tension, les larmes, la colère rentrée faisaient que je vomissais dans le lit et là, je prenais encore une "raclée" pour m'apprendre à vivre. Tu vois, dans ces conditions-là, la Liberté prend très tôt des airs de prison. Et tu n'as qu'une idée, t'évader.

Seulement, tu voudrais te faire la belle mais tu ne peux pas. Parce que tu es un enfant, que tu es tributaire de ceux qui t'élèvent et que tu aies obligé de subir ce qu'ils ont envie de te faire subir. Il y a des milliers d'enfants sur notre sol martyrisés par des parents autoritaires ou indignes. A peu près 300 000.  Le cas de Véronique Courjault qui a tué trois bébés en est un exemple type. J'ai lu quelque part qu'elle éprouvait une sorte de puissance à disposer de ses enfants. Comme ma mère envers moi. Il est très facile de se sentir puissant devant des êtres désarmés ou des animaux sans défense. Quand je lis que deux enfants sont morts après avoir subi des traitements d'une horreur indicible de la part de leurs proches, que le beau-père faisait subir à Dylan -4 ans- de véritable séances de dressage et que la mère a éviscéré son bébé de 13 mois, une colère sourde gronde au fond de moi. A tel point, que j'aurais ces bourreaux en face de moi, ils passeraient un sale quart-d'heure. Aussi, n'ayant jamais oublié ce que j'ai subi dans mon enfance, même si cela ne me fait plus souffrir, il est hors de question de faire du mal à un enfant devant moi. Ainsi hier, dans un grand supermarché, une femme s'est énervée après son gamin, l'a déculotté et lui a mis une fessée. Un tout petit bout de chou qui marchait à peine. Mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai foncé vers elle qui était toute rouge de colère, elle devait avoir une vingtaine d'années...

-Ce sont des façons d'élever des enfants ? ai je grondé...

-Il n'écoute rien de ce que je lui dis.

-Et toi, est-ce que t'écoute ce qu'on te dit ? Admettons que je t'attrape, que je t'enlève ton falzar et que je foute une fessée devant tout le monde, est-ce que ça te fera plaisir ?

-OHHHHHH... a-t-elle fait la bouche en cul de poule. De quoi vous vous mêlez ???

-Je me mêle de ce qui me regarde. Ce n'est pas avec des coups que l'on enseigne quoi que ce soit.

-Ma mère me frappait bien à moi !

-Et alors ? La mienne aussi. Qu'as-tu retenu de la leçon ? Tu fais subir à ton gamin la même chose que tu as subi. C'est minable. Ne viens pas te plaindre si plus tard ton garçon te rejette. On ne bâtit rien sur la violence. Si tu continues sur cette pente, tu feras de ton fils un futur délinquant. Et rien d'autre.

Là, tout d'un coup, elle s'est mise à pleurer en balbutiant...

-Je suis à bout de nerfs. Mon mari boit comme un  trou et me mène une vie impossible. Par moments, je ne supporte plus mon gamin.

Et voilà... j'ai pris le gamin dans mes bras, posé mon autre bras sur les épaules de la jeune femme et nous sommes allés boire un café dans le coffee shop en face. Elle a laissé libre cours à son chagrin. Le malheur entraîne le malheur. Il y en a beaucoup dans notre monde. Je lui ai expliqué que si elle n'était pas heureuse avec cet homme de le quitter. Pour son bien à elle. Pour le bien de l'enfant. Pas de suite, mais d'y réfléchir à plus ou moins long terme.. et avant de partir, je lui ai donné mon numéro de téléphone pour qu'elle m'appelle lorsqu'elle n'aurait pas le moral.

Les épreuves que tu subis doivent te servir de leçons. Le mal que l'on t'a fait, tu ne dois pas le reproduire sur quelqu'un d'autre par vengeance ou par ressentiment. Tu possèdes la Liberté de faire le Bien ou le Mal. Pour ma part, lorsque j'ai quitté le mauvais giron familial, je m'étais promis deux choses -entre mille autres- ... de ne plus jamais boire de café au lait et de ne pas avoir d'enfant. J'étais libre de cela, libre de choisir... d'être  mère ou pas. Lorsque j'ai quitté la maison à 21 ans, je ne voulais pas de fil à la patte. Il me fallait voyager, être disponible pour réaliser mes rêves et voir le soleil sous d'autres latitudes. Avec ce que j'avais subi dans mon enfance, je me suis souvent demandé, plus tard,  si je ferai une bonne mère ? Aurais-je la patience ? Est-ce que je ne vais pas reproduire le même schéma ? Je n'étais trop sûre de rien.

L'esprit de l'être humain est tortueux. Il a sa part d'ombre. Des pulsions et des impulsions pas toujours maîtrisables dans sa prime jeunesse... et il y a beaucoup de Véronique Courjault qui s'ignorent de par le monde.

 

 Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : Enfance du poète
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Mercredi 20 septembre 2006

Les garçons sont dangereux...

Le monde est peuplé d'imbéciles. J'ai longtemps fait partie de cet univers d'insensés et je ne renie rien de ce que j'ai pu dire ou faire. La vie est une école. Elle vaut tous les livres que tous les maîtres de la planète mettront entre tes mains. D'ailleurs qu'apprend-on en classe ?  Que Charles Martel a battu les Arabes à Poitier ? C'est faux. Que l'empereur Charlemagne a été couronné en l'An 800 ? Mais de sa naissance à l'An 800 que s'est-il vraiment passé dans la vie de l'homme ? Et que dire de Jeanne d'Arc ? Doit-on vraiment croire à cette légende ? Elle entendait des voix. Certes. On oublie simplement de t'apprendre que la gente demoiselle n'était pas qu'une simple bergère. Donne-t-on une armée à une bergère ? Simplement au nom de la morale, on édulcore la Vérité. Il nous faut retenir que Jeanne d'Arc était pucelle, qu'elle entendait des voix mais on passe sous silence qu'elle était une bâtarde d'une des plus grandes dames de France tombée amoureuse d'un des plus grands seigneurs et que l'on avait placé le fardeau chez des parents nourrissiers vivant à la campagne. Alors finalement qu'apprend-on à l'école ? Pas le plus important et surtout pas la Vérité, la plupart du temps.

La Vie t'apprend beaucoup plus si tu t'intéresses à la Nature, aux animaux, aux gens... Les animaux et la Nature ne mentent pas et ne te  trahissent pas, les gens si. Même tes parents. Ce n'est pas de leur faute, ils font comme leurs parents. L'éducation d'un enfant n'est qu'une longue suite d'héritages et d'atavisme dont tu es pétri. Déjà, tu portes un prénom que tu n'as pas choisi toi-même. Il en est de même pour la Religion. Et si tes géniteurs sont accros à une idéologie, dès le plus jeune âge, ils vont essayer de t'y faire adhérer. Le bourrage de crâne commence très tôt. S'ils sont sionistes ou communistes -par exemple- ils essaieront de t'inculquer le bien-fondé de ce en quoi ils croient sans te laisser le libre-arbitre de voir par toi-même si c'est un bien ou un mal. Dès que tu naissance, tu es donc tributaire de tes tuteurs. Ce qu'ils pensent bien pour eux est bien pour toi. Bien souvent même, ils répercutent sur leur progéniture les erreurs qu'ils ont pu faire en voulant justement que tu ne les fasses pas. Ainsi comme j'en parlais dans l'Enfance pour citer ma mère en exemple, étant tombée enceinte  avant le mariage, elle s'était fait la gardienne de ma virginité et dès mon plus jeune âge, je me suis trouvée en butte à tout un tas d'interdits liés aux garçons. Il ne fallait pas jouer avec eux à l'école pour commencer. Lorsque à l'âge de 5 ans, j'ai demandé "pourquoi", elle était bien incapable de me répondre bien évidemment. Bien incapable d'être logique surtout. La seule réponse que j'ai pu obtenir, c'est qu'ils étaient dangereux. Et oui, c'est reconnu, le danger vient toujours des autres, pas de soi-même. Et les gens sectaires, avec des à-priori et des principes rigides sont plus dangereux que tous les autres. Le monde en est rempli. Ils ne fonctionnent pas avec l'Intelligence mais avec une froide raison calculée et calculatrice pour les plus forts et une lâcheté assorti d'une soumission sans bornes pour les plus faibles. On ne cherche pas à savoir si ce que dit papa ou maman est juste, on écoute et on obéit. Pour leur faire plaisir, le trois-quart du temps et pour avoir la paix. Suivant le degré d'obéissance, on sera récompensé ou puni.

Pour prendre l'exemple de l'interdiction de jouer avec les garçons imposée par ma mère, il y a une anecdote assez marrante, si l'on puit dire... lorsque que je suis allée en classe pour la première fois, j'avais quatre ans et demi. L'école représentait pour moi une sorte de liberté. J'étais loin de l'autorité de ma mère, loin de ses cris, de ses coups, heureuse donc d'entrer dans un univers où elle n'était pas. La maison pour moi, c'était la prison. Les premiers enfants avec qui j'ai lié amitié étaient donc des garçons. Je voulais découvrir par moi-même pourquoi ils étaient dangereux...or, la désobéissance était le seul moyen d'avoir une idée exacte de la chose... Elle m'avait tellement bourré le crâne que je culpabilisais quand même de lui désobéir. J'avais surtout peur qu'elle l'apprenne. Dans les villages, tout se sait mais j'avais décidé de courir le risque quitte à prendre une volée de plus..

A une récréation, me voilà en train de jouer à la guerre avec mes petits compagnons. Il y en a un qui me capture, il me saisit par le bras, je veux m'échapper, il commence à me faire tournoyer avant de me lâcher et je tombe le bras dans un trou. Pour vous dire qu'à l'époque, les cours d'école n'étaient pas goudronnées. En tombant je ressentis une douleur épouvantable au poignet droit qui s'est  mis à enfler dangereusement. Je n'en parle à personne. Le soir, ma mère vient me chercher à la sortie des classes, je ne lui en souffle pas mot mais je redoute déjà le repas du soir car je sais pertinemment qu'il me sera impossible de me servir de ma main roite pour manger. J'ai trop mal. J'imagine déjà la séance et je crains le pire. D'autant que le cerbère était assis à côté de moi au moment des repas avec ses sempiternels "Mange !" Je n'étais libre de rien, à peine de respirer.

Nous voilà donc installée devant la table, l'assiette remplie... "Mange !" Je prends donc la fourchette de la main gauche et entreprends de commencer à me substanter en essayant d'imaginer comment je vais pouvoir couper la viande. Je porte timidement une nouille à ma bouche et bien évidemment, l'utilisation de la patte gauche n'échappe pas à mon cerbère.

-Qu'est ce que c'est que cette nouveauté ? me demande-t-elle... tu prends ta fourchette de la main droite, s'il te plaît !

J'obtempère... du moins j'essaie car le fait est que je suis dans l'impossibilité de refermer le pouce et l'index sur le manche de l'ustensile, je souffre le martyre. Et je m'attends bien sûr au pire, à cet instant précis. Voyant que j'ai du mal à me saisir de la fourchette, elle se saisit de ma main droite et je pousse un cri de douleur...

-Qu'est-ce que tu as ?

Et là, je commence à pleurnicher pour essayer de l'attendrir en hoquetant...

-J'ai mal. En courant je suis tombée dans un trou et...

-Pourquoi tu courais ?

Eh oui... pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Ma mère posait beaucoup de questions, elle aurait pu sans problèmes se faire embaucher par l'Inquisition ou la Gestapo, elle aurait fait un très bon interrogateur.

-Lorsque la maîtresse a sifflé pour entrer en classe, je me suis mise à courir, j'ai trébuché et je suis tombée...

Tout ça entre les sanglots et elle qui me palpait le poignet m'arrachant en sus des cris de souffrance.

-Ma parole, tu as le poignet tout enflé. Il doit être foulé. Essaye d'attraper la fourchette pour voir...

-Je peux pas...

-Bon, il faut aller voir la "sorcière"...

La "sorcière". Lorsqu'elle a prononcé ce mot, je me suis mise à pleurnicher de plus belle. On m'avait vaguement raconté l'histoire de Cendrillon ou de Blanche-Neige et les sorcières n'étaient pas pour moi de gentilles personnes. J'ai pensé qu'elle voulait m'emmener voir la "sorcière" pour  me punir. En fait, la "sorcière" était une rebouteuse...

-Je ne veux pas aller voir la sorcière. Maman s'il te plaît...

-Elle va te guérir, imbécile ! Allez debout. Je serai là de toute façon.

Sitôt dit sitôt fait. Nous voilà parties dans la nuit noire, à pied. Il faisait très sombre chez la dame qui était âgée, toute vêtue de noir. Je l'ai trouvé impressionnante... elle me regardait droit dans les yeux en souriant me passant un beaume sur l'endroit douloureux. J"ai senti comme une douce chaleur puis elle a tiré d'un coup sec et je suis tombée dans les pommes...

Pas longtemps car lorsque j'ai rouvert les yeux, nous étions toujours chez elle.

-Remue ton poignet maintenant...

La douleur avait disparu, je faisais des moulinets avec ma main comme si de rien n'était. La rencontre avec cette femme dont je n'ai jamais su le nom allait bouleverser ma vie quelque part... je l'appelais la Magicienne... et c'est grâce à ma "désobéissance" qu'il m'avait été donné de la rencontrer.

(A suivre...)

Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : Enfance du poète
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Dimanche 17 septembre 2006

 

La Naissance

Il faut savoir regarder sa vie passée comme un film dont on ne serait plus que le spectateur. Ne pas éprouver de regrets ni de remords. Être lucide sur ce que l'on a vécu, sur ce que l'on fut ou sur ce que les autre firent de nous.

L'enfance ne t'appartient pas. Elle peut être heureuse ou malheureuse selon le foyer dans lequel tu nais. Pour certains géniteurs, l'être qui vient au monde est un grand bonheur... une vraie bénédiction. Pour d'autres, c'est une catastrophe, un fardeau, un boulet. Je me situerai dans la deuxième catégorie.

J'aurai pu tout aussi bien me nommer Accident. D'ailleurs, j'en ai eu pas mal dans ma vie. Si tu nais prince, tu es prince, si tu nais Accident, ta vie ne sera qu'une succession de mauvais coups du Destin qu'il te faudra subir durant les premières années de ton existence. Tu seras obligé d'en passer par là et tes cris, tes plaintes, tes gémissements, tes douleurs seront sans importance pour le ou les bourreaux qui te serviront de parents.

En l'occurence, le tortionnaire fut ma mère. Mon père, quant à lui, brillait par son effacement, sa lâcheté, ses fuites devant une triste réalité dont il s'est accomodé pour avoir la paix. C'est une grave erreur de se conduire de la sorte.

A ceux qui disent "On ne juge pas ses parents", je rétorque que ce sont justement les premières personnes que nous ayons à juger puisqu'elles nous donnent la vie et que nous sommes tributaires de leur enseignement, de leur façon de nous éduquer, tributaire de leurs défauts, de leurs turpitudes, de leurs colères, de leurs mensonges, de leur mauvaise foi, de leurs haines et de leurs coups. La plupart du temps, si tu deviens délinquant, si tu as des tendances à la violence, si tu es déséquilibré, extrêmiste, drogué, alcoolique ou que sais-je,  tu peux dire merci à tes parents. Ce sont eux qui te forgent ou qui essaie. Car malgré tout, même si tu es un enfant, tu possèdes le libre-arbitre d'adhérer ou pas aux préceptes que l'on veut t'inculquer ou aux comportements que l'on veut te faire adopter. J'entends mentalement car physiquement, tu ne fais pas le poids face à tes éducateurs.

D'aussi loin que je me souvienne tout me semble d'une grisaille épouvantable jusqu'à mes dix ans. J'ai très vite compris que je n'étais pas désirée et pas aimée. Ma mère sortait à peine de l'adolescence lorsque je suis née. Elle avait cru bon pour échapper à la prison familiale de séduire mon père qui avait 12 ans de plus qu'elle car ma génitrice était une séductrice. Je l'ai découvert bien plus tard mais nul doute que pour enserrer mon pauvre père dans ses filets, elle aura usé et abusé de sa belle apparence, de sa jeunesse et de ses plaintes en ce qui concerne sa mésentente avec sa propre mère, ma grand-mère adorée... et mon père, grand niais, est tombé dans le piège. Le piège charnel. Le corps possède ses faiblesses et dans ces moments-là, on n'écoute point la voix de la Raison. C'est ainsi que fonctionnent des tas d'hommes et de femmes sans réfléchir aux conséquences de leurs actes. Enfin toujours est-il que je naquis de ces ébats et que les dés étaient sérieusement pipés d'avance...

Car, ma mère n'était nullement prête à avoir un enfant. Elle n'avait pas pris conscience de la lourdeur de la tâche et de toute la responsabilité qui lui incomberait. Je fus donc très tôt une gêne, un emmerdement, une entrave à la liberté qu'elle n'avait pas eu dans son foyer mais qu'elle espérait trouver en se mariant avec mon père. Je me permettrai, à cet instant précis, d'ajouter qu'elle n'avait eu d'autre choix que d'épouser mon paternel, puisqu'en ce temps-là, il était très mal vu de tomber enceinte sans être mariée. La fille-mère étant le déshonneur de la famille. Vous dire un peu le mal que font les principes puisés on ne sait où et les religions qui n'ont jamais cessé de criminaliser la femme. Mon père, quant à lui, n'eut d'autre choix sans doute que de passer la bague à la demoiselle puisqu'elle était mineure. Ce fait-là bien sûr, ils ne me l'ont jamais raconté. On passe sous silence ce qui est vécu comme une honte, mieux, on culpabilise. Je me suis aperçue de la chose lorsque j'avais 17 ans en plongeant mon nez dans le livret de famille. Entre la date du mariage et ma naissance, il manquait deux mois. J'ai alors demandé à ma mère si j'étais né prématurée avec un sourire narquois sur les lèvres. Elle a d'abord hésité à me répondre avant de lâcher qu'elle était enceinte de Bibi le jour des épousailles. Elle qui m'emmerdait sans cesse avec ses leçons de morale, qui m'interdisait de sortir et  donnait dans le préchi-précha perpétuel en ce qui concernait "les relations" avec les garçons, je l'ai regardé droit dans les yeux en pensant très fort "T'as belle mine !"

A suivre...

Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : Enfance du poète
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