3 - Le Formateur

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

III - Le Formateur


 

par Adriana Evangelizt

1ère partie

2ème partie


Sa liberté ! Pauvre d'elle ! Qu'est-ce qu'elle croit ? Je sais qu'en ce moment mon visage est de marbre en la toisant de toute ma hauteur. Et c'est méprisant que je crache...

-La liberté n'existe pas. Elle n'est qu'un mot pour faire rêver les imbéciles ! Mettez vous ça dans la tête ! Personne n'est libre. Pas même moi.

Mais pourquoi j'ai lâché ces derniers mots  ? Qu'est-ce qui m'a pris ? Elle me regarde toujours et je vois naitre un affreux sourire sur son affreuse bouche !

-Je sais que vous n'êtes pas libre. Vous l'êtes encore moins que moi, dit-elle me montrant ses poignets menottés avant de poursuivre, il y a des chaînes invisibles qui sont plus pesantes que des boulets. Je préfère encore la prison plutôt que d'oeuvrer pour la Nation. Car ceux qui oeuvrent pour elle sont sacrifiés d'avance pour une cause... qui n'est pas la mienne. Vous tomberez aussi même... si vous êtes persuadé du contraire. Même si vous croyez... être du bon côté.

-Taisez-vous ! Je sais que vous êtes une forte tête. C'est pour cette raison que... vous avez été choisie. Il y a longtemps que nous nous intéressons à vous.

-Je sais.

-Cessez de dire "je sais" à tout bout de champ, c'est agaçant à la fin ! Parce que vous ne savez rien du tout ! Rien du tout. A peine êtes-vous consciente d'appartenir à la Nation. Que vous le vouliez ou non. Vous lui appartenez. Et si vous refusez... la seule alternative qui vous est offerte, vous serez inexorablement broyée. Vous croupirez en prison jusqu'à votre dernier soupir. Mais avant de rendre l'âme, vous connaîtrez le prix de la solitude. Vingt-quatre heures sur vingt quatre. Exception faite des surveillants qui se chargeront de vous empêcher de dormir souvent. Longtemps. Est-ce de cette liberté-là dont vous rêvez ?

Tête toujours levée vers moi, elle me fixe sans ciller. Pas un muscle de son visage blême ne bouge. Puis son regard semble se perdre au-dessus de mon épaule lorsqu'elle dit...

-Il suffit de dix secondes pour faire cesser les battements de son propre coeur. La liberté est une notion qui implique de pouvoir toujours choisir sa façon de se faire la belle. La mort est aussi une évasion quand la vie n'est plus supportable. Bien sûr, vous pouvez ne pas me croire. Qu'à cela ne tienne. Je suis prête à vous prouvez que je suis capable de cela. Dix secondes. Une...

Elle replante ses yeux dans les miens en continuant de compter deux... trois...  je suis sûr qu'elle ment ! quatre... cinq... dix secondes, c'est pas possible. six... sept... je sais qu'à moi, il m'en faudrait quinze... Huit... neuf...

-Arrêtez ce jeu stupide !

Pourquoi ai-je hurlé ?

-Je sais que vous savez que ce n'est pas un jeu, laisse-t-elle tomber, voix sans une fêlure.

Je recule d'un pas. Les portes de son esprit se sont ouvertes. Je m'y engouffre. Impatient de savoir...  Au fond de ses yeux océans tourmentés dansent de hautes flammes. Un immense brasier d'où semble surgir une sombre silhouette qui s'approche titubante, bras tendu, d'un homme agenouillé dont la tête éclate sous l'impact des cinq balles tirées à bout portant.

-Mission accomplie, dit-elle en coupant le contact de son esprit en feu.


A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article