2 - Le Formateur

Publié le par Adriana Evangelizt



II - Le Formateur


 

par Adriana Evangelizt


1ère partie

 

Tableau de Magician

 

 


Elle est là, devant moi, rigide sur sa chaise. J'ai donné l'ordre que l'on n'enlève pas ses menottes, ni les chaînes qui entravent ses chevilles pour l'humilier. Il faut qu'elle comprenne qu'ici, c'est moi le Maître. Je fais mine de compulser un dossier en lui jetant un regard de temps en temps... son visage est blanc comme de la cire. Impassible. Ses yeux morts. J'essaie de sonder ses pensées mais son esprit semble complètement vide. Je n'entends aucun son. Ne vois aucune image. Peut-être qu'ils lui donnent trop de neuroleptiques là-bas ? Peut-être qu'elle est amorphe ??? Bon... il faut y aller...

-Je suppose que vous vous demandez pourquoi vous êtes ici ?
-Non, répond-elle d'une voix grave et glaciale.
-Vous voulez me faire croire que vous ne vous demandez pas pourquoi vous êtes ici ? Je souris. Je sais que les femmes adorent mon sourire. Mon Dieu, vous avez des dents superbes. Et quelle bouche ! Elle me regarde sans ciller. Avant de lâcher...
-Non, je ne me le demande pas puisque... je sais déjà pourquoi je suis ici.
Quel applomb ! Comment saurait-elle puisque moi je ne sais qu'à demi ? Je reconnais-là une orgueilleuse. Quel bonheur cela va être de rendre plus humble cette créature pitoyable !
-Ah bon. Vous savez. Quoi au juste ? dis-je toujours souriant...
-Je sais que l'on m'a sortie de prison pour me demander d'oeuvrer pour la Nation. Je sais cela. Tout comme je sais... qu'il dépend de vous que je retourne ou non dans ma geôle, laisse-t-elle tomber en continuant de vriller ses yeux mortels dans les miens.
Je me lève lentement et commence à faire les cent pas à côté d'elle...
-Êtes-vous perspicace ou bien sont-ce... des ragôts de prison ? Nul doute que les conspirationnistes ne doivent pas manquer dans cet endroit.
-Vous devriez savoir que je suis à l'isolement et que je ne vois absolument personne. Ce qui ne me dérange nullement, j'aime la solitude. Le monde m'emmerde. C'est pour cette raison, d'ailleurs, que je n'ai pas du tout envie de travailler pour la Nation. J'ai besoin de repos et de calme. J'ai besoin de tranquillité. J'ai besoin qu'on me foute la paix.

Je me plante devant la fenêtre, mains croisées derrière le dos, faisant mine de regarder le ciel. Les mots paix, calme, tranquillité dansent sur les vagues houleuses de mon esprit. Madame veut de la solitude et du repos. Madame ne veut pas oeuvrer pour la Nation. Et enfin Madame oublie qu'elle est pieds et poings enchainés et qu'elle n'est peut-être pas dans une position de demander quoi que ce soit. Je me retourne lentement, je n'ai plus envie de sourire...
-Parce que vous croyez que l'on va vous demander une quelconque permission pour faire de vous ce que l'on doit en faire ? Vous vous pensez en état de dire "je veux... je veux... je veux ?" Il faut travailler votre humilité, vous avez un gros égo, mademoiselle !  Mais pour moi, vous n'êtes qu'un numéro. Rien de plus. Et j'ai trente jours devant moi pour vous faire plier... de gré ou de force. Et sans vous toucher. Jamais. J'ai donc l'impression que votre solitude va être fortement compromise.
Je suis debout à côté d'elle dont la tête est baissée. Elle qui dit...
-Trente jours. C'est trop court. Vous n'y parviendrez pas.
-Vraiment ? Vous croyez ? Vous pariez quoi ?
Alors elle lève son son visage vers moi puis souffle...
-Ma liberté.


A suivre...



 

 

 

 

 

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LE VESCERIEN 09/04/2008 00:18

C'est Formidable!!!!!!!!!!!!!Mes meilleurs et très sincères encouragements à ce deuxième moi-même.====================MILITANTSANSFRONTIERES