Philippe le séducteur

Publié le par Adriana Evangelizt

Alors j'ai créé une nouvelle "catégorie" qui se nomme "Règlements de comptes" et où il est question de certaines personnes de mon entourage. Comme vous pourrez le constater, c'est pas piqué des vers... 


 

Philippe, le séducteur



 



Nous vivons dans un monde de copulation intensive. Les humains, pour la plupart, sont pires que des animaux. Bien pires. Nos amies les bêtes -comme chacun de pas trop primaire le sait- ont des saisons pour se reproduire -que l'on nomme "saison des amours"- afin de perpétuer leur espèce. Et il n'y a pas une seule femelle qui abandonne ses petits. Pas une seule. A part celle du coucou, cette mâline qui pond ses oeufs dans d'autres nids afin que d'autres élèvent ses petits.

Les humains, eux, copulent. Copuler. J'emploie ce mot horrible, exprès, comme d'autres emploient le mot "baiser" qui signifie à peu près la même chose dans la bouche de certains.  N'ayons pas peur des mots, s'ils existent, c'est pour être utilisés. Et d'ailleurs certains de mes "amis" les usent à satiété. Ainsi le dénommé Philippe, sex symbol de l'équipe de fêtard que je ne fréquente plus puisque je me suis mise au vert. J'entends par là que je ne fais plus la noce avec eux mais malgré tout, ils me rendent visite pour me narrer leurs turpitudes ou leurs coucheries. C'est selon.

Philippe qui "baise" -c'est son expression- trois ou quatre filles ou femmes par semaine. Des mariées, des célibataires, des petites, des minces, des enrobés, des grandes, brunes, blondes, rousses, peu importe, tout y passe. Il suffit que je pose la question "Quoi de neuf ?" pour avoir droit au récit de ce qu'il nomme "ses dernières conquêtes". J'ose dire que chaque fois qu'il déboule, je suis devant mon PC et qu'à tous les coups, il me coupe mon inspiration. Parce qu'il faut que je l'écoute. Que j'écoute toujours la même rengaine de parties de jambes en l'air dont je n'ai strictement rien à cirer. A tel point que hier lorsqu'il est passé me voir je n'ai pu m'empêcher de lui dire "Mon pauvre Philippe, tu as un phallus à la place du cerveau." Tout en continuant à essayer de taper sur mon clavier. C'était dit le plus calmement du monde. Une sorte de constat. Il m'a regardé avec des yeux de merlans frits, se demandant si c'était du lard ou du cochon. "Eh bien oui, mon vieux. Franchement, tu as quel âge ? Si je ne m'abuse, à peu près le même âge que le mien. La cinquantaine. Tu veux que je te dise, tu vas finir tout seul comme un vieux con." Toujours très calmement. "Est-ce que tu ne t'es jamais posé la question de savoir si certaines de ces "filles" n'étaient pas amoureuses de toi ?"

-Ce n'est pas mon problème, m'a-t-il répondu. Est-ce que je tombe amoureux, moi ?

-C'est bien ce que je te reproche, tu en es incapable. Tu te satisfais de jouissances fugitives qui ne t'apportent rien, absolument rien, si ce n'est un plaisir éphémère dont ton coeur ne garde aucun souvenir. D'ailleurs je crois sincèrement que tu es amputé du coeur. Enfin à quoi ça rime de sauter autant de gonzesses ? Tu veux te prouver quoi ou prouver quoi aux autres ? Est-ce que tu veux que je te donne une médaille en te disant, c'est bien mon petit, continue ! Est-ce que tu veux que je m'extasie devant ce que tu crois être des prouesses ? Dois-je te donner le prix du plus grand baiseur du bassin d'Arcachon ? Dis-moi, Philippe, que veux-tu ? Pourquoi me racontes-tu ça à moi alors que tu sais très bien que je navigue dans un autre monde que le tien, désormais ?

-Mais d'habitude tu dis rien...

-Je ne dis rien mais je n'en pense pas moins. Le peu de respect que tu témoignes envers les femmes commence à me peser. Pour être même franchement claire, je dirai que je ne le supporte plus. Enfin quoi ! Les femmes pour toi ne sont que des objets dont tu te sers puis que tu jettes lorsque tu as fini de t'en servir ? C'est ça ? Où va-t-on là ? Et si l'une d'entre elles tombe enceinte, qu'est-ce que tu fais ?

-Ce n'est pas mon problème.

-Bien sûr. Facile. Il y a plein d'enfants qui naissent suite au genre de relation que des hommes comme toi  ont avec les femmes. Même si elles sont mariées, elles feront porter le chapeau au mari. Je trouve ça dégueulasse.

A cet instant précis, la belle gueule d'ange de mon "copain" Philippe m'apparut dans sa véritable dimension. Celle d'un pourri. J'avais longtemps repoussé cette image au fond de ma conscience, lui trouvant des excuses. Mais à bien y réfléchir, quelles excuses ? Il était patron d'une petite boîte qui tournait bien, possédait maison et terrain, s'était offert en début d'année une Mercèdes décapotable bleu nuit avec laquelle il passait son temps à frimer pour tomber encore davantage de filles. Les femmes sont si stupides parfois. Je le fus moi-même en son temps... ne jamais oublier ce que l'on fut. J'aurai pu peut-être me taire s'il n'était pas entré dans une explication qui me sembla des plus sordides...

-Enfin quoi merde ! Elles n'ont qu'à prendre leurs précautions. La pilule ce n'est pas fait pour les chiens tout de même ! Qu'est-ce que j'y peux moi ? Faut-il que je me mette un sac sur la tête pour ne pas plaire ?

-Pauvre de toi. Et les préservatifs ?

-Il est hors de question que je baise avec des préservatifs. Hors de question.

-Tu n'es qu'un égoïste doublé d'un goujat. Le genre d'individu dont je ne voudrais même pas pour essuyer mes pompes !

J'ai cru qu'il allait s'étrangler. Puis après avoir dégluti péniblement, il finit par articuler...

-Elles ne disent pas ça, celles que je "régale"... bien contentes qu'elles sont...

Quelle horreur ce genre de type, mais quelle horreur ! Lui river son clou une fois pour toutes...

-Que tu crois... ai-je commencé en plantant mes yeux dans les siens avec des envies assassines... en tout cas, ici, on vit dans un bled et tout se sait. Il se trouve que... je connais deux ou trois femmes ayant eu le mauvais goût de tomber dans  ton plumard. Elles te surnomment Lucky Luke. L'homme qui tire plus vite que son ombre. C'est dire que c'est rapide. Pas le temps de dire "ouf" que c'est déjà fini. Celles que tu croient "régaler" restent toujours sur leur faim. Tu serais même un affameur de première. Le plus mauvais "coup" du bassin d'Arcachon, en fait...

En prononçant ces mots, je ne l'ai pas lâché du regard une seconde... avec une incroyable envie de lui en envoyer deux sur sa tête à claques...

-Qui t'as dit ça ? J'ai attrapé mon portable... Qu'est-ce que tu fais ?

-J'appelle Rachel. Ca te dit quelque chose ? Ou Brigitte la coiffeuse ? Laquelle tu préféres ? Ces deux-là, ce n'est pas toi qui les as jetées... mais elles qui t'ont largué tellement que tu es nul. Nul à chier.

Il s'est levé comme mu par un ressort, blanc comme un cadavre... s'est entravé dans la chaise en reculant... un sourire sardonique planté sur les lèvres, j'ai laissé tomber :

 

-Je  ne t'accompagne pas jusqu'à la porte, tu connais le chemin.

Quand tu liras ces lignes Philippe... Rachel et Brigitte les auront lu avant toi. La vengeance est un plat qui se mange froid...

 

Adriana Evangelizt

Publié dans Règlements de comptes

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André 20/11/2006 18:36

Eh oui, Don Juan est un impuissant, c'est bien connu. Il est beaucoup beaucoup plus difficile d'aimer dans la durée que dans l'instant.