La Liberté volée de l'Enfance

Publié le par Adriana Evangelizt

 

La liberté volée de l'enfance

 

 

La liberté est une "chose" qui s'obtient à la force du poignet, si je puis dire. Pour le poète, elle est essentielle. Dès son plus jeune âge, il rêve d'être libre. Je dis bien il "rêve" car la liberté n'est qu'une utopie. Où que je tourne les yeux, je ne vois que servitude et obligations. Et moi-même je suis tributaire de tout un tas de contraintes dont je me passerai bien. La première étant l'argent. Sans lui, tu ne peux rien faire. C'est donc la première plaie que tu subis dès que tu nais.

Selon que tes parents soient riches ou pauvres, tu seras élevé dans le dénuement le plus complet ou bien tes géniteurs essaieront de t'offrir le maximum de ce qu'ils peuvent t'offrir. Ainsi l'autre jour, je lisais que le "pauvre" Sarkozy n'a pas eu une enfance heureuse et qu'il gardait souvenir "de saumon fumé sous cellophane" qui le dégoutait. Des pauvres qui mangent du saumon déjà, pour moi ne sont pas si miséreux que ça. J'aurai bien aimé avoir du saumon fumé dans mes tendres années. En fait en guise de saumon fumé, j'ai souvent eu droit le soir à un bol de café au lait où trempait du pain sans beurre. Une sorte de bouillie infâme que je n'arrivais pas à avaler malgré les incessants "mange" de mon cerbère de mère. Je faisais tourner ma petite cuiller dans la patée jusqu'à obtenir une sorte de purée marron clair et plus je tournais moins j'avais envie d'avaler. Une bonne assiette de "saumon fumé même sous cellophane" serait sans doute mieux passée. Mais, en l'occurence, je n'avais qu'une seule liberté, celle d'avaler de gré ou de force ce truc si peu appétissant. Je mangeais donc et j'y mettais le temps. Et plus je mettais de temps plus ma mater se mettait en colère. Cela finissait invariablement par des coups puis illico presto, on me couchait. Bien évidemment, la tension, les larmes, la colère rentrée faisaient que je vomissais dans le lit et là, je prenais encore une "raclée" pour m'apprendre à vivre. Tu vois, dans ces conditions-là, la Liberté prend très tôt des airs de prison. Et tu n'as qu'une idée, t'évader.

Seulement, tu voudrais te faire la belle mais tu ne peux pas. Parce que tu es un enfant, que tu es tributaire de ceux qui t'élèvent et que tu aies obligé de subir ce qu'ils ont envie de te faire subir. Il y a des milliers d'enfants sur notre sol martyrisés par des parents autoritaires ou indignes. A peu près 300 000.  Le cas de Véronique Courjault qui a tué trois bébés en est un exemple type. J'ai lu quelque part qu'elle éprouvait une sorte de puissance à disposer de ses enfants. Comme ma mère envers moi. Il est très facile de se sentir puissant devant des êtres désarmés ou des animaux sans défense. Quand je lis que deux enfants sont morts après avoir subi des traitements d'une horreur indicible de la part de leurs proches, que le beau-père faisait subir à Dylan -4 ans- de véritable séances de dressage et que la mère a éviscéré son bébé de 13 mois, une colère sourde gronde au fond de moi. A tel point, que j'aurais ces bourreaux en face de moi, ils passeraient un sale quart-d'heure. Aussi, n'ayant jamais oublié ce que j'ai subi dans mon enfance, même si cela ne me fait plus souffrir, il est hors de question de faire du mal à un enfant devant moi. Ainsi hier, dans un grand supermarché, une femme s'est énervée après son gamin, l'a déculotté et lui a mis une fessée. Un tout petit bout de chou qui marchait à peine. Mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai foncé vers elle qui était toute rouge de colère, elle devait avoir une vingtaine d'années...

-Ce sont des façons d'élever des enfants ? ai je grondé...

-Il n'écoute rien de ce que je lui dis.

-Et toi, est-ce que t'écoute ce qu'on te dit ? Admettons que je t'attrape, que je t'enlève ton falzar et que je foute une fessée devant tout le monde, est-ce que ça te fera plaisir ?

-OHHHHHH... a-t-elle fait la bouche en cul de poule. De quoi vous vous mêlez ???

-Je me mêle de ce qui me regarde. Ce n'est pas avec des coups que l'on enseigne quoi que ce soit.

-Ma mère me frappait bien à moi !

-Et alors ? La mienne aussi. Qu'as-tu retenu de la leçon ? Tu fais subir à ton gamin la même chose que tu as subi. C'est minable. Ne viens pas te plaindre si plus tard ton garçon te rejette. On ne bâtit rien sur la violence. Si tu continues sur cette pente, tu feras de ton fils un futur délinquant. Et rien d'autre.

Là, tout d'un coup, elle s'est mise à pleurer en balbutiant...

-Je suis à bout de nerfs. Mon mari boit comme un  trou et me mène une vie impossible. Par moments, je ne supporte plus mon gamin.

Et voilà... j'ai pris le gamin dans mes bras, posé mon autre bras sur les épaules de la jeune femme et nous sommes allés boire un café dans le coffee shop en face. Elle a laissé libre cours à son chagrin. Le malheur entraîne le malheur. Il y en a beaucoup dans notre monde. Je lui ai expliqué que si elle n'était pas heureuse avec cet homme de le quitter. Pour son bien à elle. Pour le bien de l'enfant. Pas de suite, mais d'y réfléchir à plus ou moins long terme.. et avant de partir, je lui ai donné mon numéro de téléphone pour qu'elle m'appelle lorsqu'elle n'aurait pas le moral.

Les épreuves que tu subis doivent te servir de leçons. Le mal que l'on t'a fait, tu ne dois pas le reproduire sur quelqu'un d'autre par vengeance ou par ressentiment. Tu possèdes la Liberté de faire le Bien ou le Mal. Pour ma part, lorsque j'ai quitté le mauvais giron familial, je m'étais promis deux choses -entre mille autres- ... de ne plus jamais boire de café au lait et de ne pas avoir d'enfant. J'étais libre de cela, libre de choisir... d'être  mère ou pas. Lorsque j'ai quitté la maison à 21 ans, je ne voulais pas de fil à la patte. Il me fallait voyager, être disponible pour réaliser mes rêves et voir le soleil sous d'autres latitudes. Avec ce que j'avais subi dans mon enfance, je me suis souvent demandé, plus tard,  si je ferai une bonne mère ? Aurais-je la patience ? Est-ce que je ne vais pas reproduire le même schéma ? Je n'étais trop sûre de rien.

L'esprit de l'être humain est tortueux. Il a sa part d'ombre. Des pulsions et des impulsions pas toujours maîtrisables dans sa prime jeunesse... et il y a beaucoup de Véronique Courjault qui s'ignorent de par le monde.

 

 Adriana Evangelizt

Publié dans Enfance du poète

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jean marc caron 19/10/2006 17:12

Bonjour Adriana
Ton site est plein d'énergies, ton Ame est emplie de justesses, tes constats sont hélas fondés, tes poésies sont gourmandes de Vérité...
Et si notre monde n'était pas fondé sur un Verbe, une Vibration d'Amour.....Les Gnostiques ont peut être raisons... peut-être...

Jeremy Seven 15/10/2006 08:16

En parlant des parents qui battent leurs enfants tu montres un exemple flagrant de liberté. Ils avaient la liberté de le faire ou non et ils l'ont fait, ils ont battu leur enfant. C'est là le problème des humains, dès qu'ils ont la liberté ils font ce qu'on appelle communément le mal. Ils ne comprennent que les coups pour la plupart. Voilà pourquoi l'humanité ne peut connaître la liberté. Si on ne lui impose pas de lois elle s'autodétruit.