La Naissance

Publié le par Adriana Evangelizt

 

La Naissance

 






Il faut savoir regarder sa vie passée comme un film dont on ne serait plus que le spectateur.
Ne pas éprouver de regrets ni de remords. Être lucide sur ce que l'on a vécu, sur ce que l'on fut ou sur ce que les autre firent de nous.

L'enfance ne t'appartient pas. Elle peut être heureuse ou malheureuse selon le foyer dans lequel tu nais. Pour certains géniteurs, l'être qui vient au monde est un grand bonheur... une vraie bénédiction. Pour d'autres, c'est une catastrophe, un fardeau, un boulet. Je me situerai dans la deuxième catégorie.

J'aurai pu tout aussi bien me nommer Accident. D'ailleurs, j'en ai eu pas mal dans ma vie. Si tu nais prince, tu es prince, si tu nais Accident, ta vie ne sera qu'une succession de mauvais coups du Destin qu'il te faudra subir durant les premières années de ton existence. Tu seras obligé d'en passer par là et tes cris, tes plaintes, tes gémissements, tes douleurs seront sans importance pour le ou les bourreaux qui te serviront de parents.

En l'occurence, le tortionnaire fut ma mère. Mon père, quant à lui, brillait par son effacement, sa lâcheté, ses fuites devant une triste réalité dont il s'est accomodé pour avoir la paix. C'est une grave erreur de se conduire de la sorte.

A ceux qui disent "On ne juge pas ses parents", je rétorque que ce sont justement les premières personnes que nous ayons à juger puisqu'elles nous donnent la vie et que nous sommes tributaires de leur enseignement, de leur façon de nous éduquer, tributaire de leurs défauts, de leurs turpitudes, de leurs colères, de leurs mensonges, de leur mauvaise foi, de leurs haines et de leurs coups. La plupart du temps, si tu deviens délinquant, si tu as des tendances à la violence, si tu es déséquilibré, extrêmiste, drogué, alcoolique ou que sais-je,  tu peux dire merci à tes parents. Ce sont eux qui te forgent ou qui essaie. Car malgré tout, même si tu es un enfant, tu possèdes le libre-arbitre d'adhérer ou pas aux préceptes que l'on veut t'inculquer ou aux comportements que l'on veut te faire adopter. J'entends mentalement car physiquement, tu ne fais pas le poids face à tes éducateurs.

D'aussi loin que je me souvienne tout me semble d'une grisaille épouvantable jusqu'à mes dix ans. J'ai très vite compris que je n'étais pas désirée et pas aimée. Ma mère sortait à peine de l'adolescence lorsque je suis née. Elle avait cru bon pour échapper à la prison familiale de séduire mon père qui avait 12 ans de plus qu'elle car ma génitrice était une séductrice. Je l'ai découvert bien plus tard mais nul doute que pour enserrer mon pauvre père dans ses filets, elle aura usé et abusé de sa belle apparence, de sa jeunesse et de ses plaintes en ce qui concerne sa mésentente avec sa propre mère, ma grand-mère adorée... et mon père, grand niais, est tombé dans le piège. Le piège charnel. Le corps possède ses faiblesses et dans ces moments-là, on n'écoute point la voix de la Raison. C'est ainsi que fonctionnent des tas d'hommes et de femmes sans réfléchir aux conséquences de leurs actes. Enfin toujours est-il que je naquis de ces ébats et que les dés étaient sérieusement pipés d'avance...

Car, ma mère n'était nullement prête à avoir un enfant. Elle n'avait pas pris conscience de la lourdeur de la tâche et de toute la responsabilité qui lui incomberait. Je fus donc très tôt une gêne, un emmerdement, une entrave à la liberté qu'elle n'avait pas eu dans son foyer mais qu'elle espérait trouver en se mariant avec mon père. Je me permettrai, à cet instant précis, d'ajouter qu'elle n'avait eu d'autre choix que d'épouser mon paternel, puisqu'en ce temps-là, il était très mal vu de tomber enceinte sans être mariée. La fille-mère étant le déshonneur de la famille. Vous dire un peu le mal que font les principes puisés on ne sait où et les religions qui n'ont jamais cessé de criminaliser la femme. Mon père, quant à lui, n'eut d'autre choix sans doute que de passer la bague à la demoiselle puisqu'elle était mineure. Ce fait-là bien sûr, ils ne me l'ont jamais raconté. On passe sous silence ce qui est vécu comme une honte, mieux, on culpabilise. Je me suis aperçue de la chose lorsque j'avais 17 ans en plongeant mon nez dans le livret de famille. Entre la date du mariage et ma naissance, il manquait deux mois. J'ai alors demandé à ma mère si j'étais né prématurée avec un sourire narquois sur les lèvres. Elle a d'abord hésité à me répondre avant de lâcher qu'elle était enceinte de Bibi le jour des épousailles. Elle qui m'emmerdait sans cesse avec ses leçons de morale, qui m'interdisait de sortir et  donnait dans le préchi-précha perpétuel en ce qui concernait "les relations" avec les garçons, je l'ai regardé droit dans les yeux en pensant très fort "T'as belle mine !"

A suivre...

Adriana Evangelizt

Publié dans Enfance du poète

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