La dégustation de fromage

Publié le par Adriana Evangelizt

Ce texte fait suite à La Guerrière...

 

 


L'épée au service des pauvres

 





La guerrière. C'est ainsi qu'ils m'appellent ici, là où je vis... entre autre nom d'oiseaux. Parce que pour accomplir certains "bonnes actions", il convient d'avoir l'esprit combattif. D'oser. De s'immiscer dans une scène particulière où l'on ne tient plus le rôle du spectateur mais celui de l'acteur. Le monde est rempli de spectateurs sourds et aveugles. Ce qui me met particulièrement en colère. La connerie humaine, je n'ai jamais pu la supporter même s'il faut malheureusement vivre avec et la cotoyer à longueur d'années. J'avoue que cela m'est de moins en moins supportable. L'Humanité me déçoit. Terriblement. Le regard que je pose sur les humains est dénué d'aménité. Que cela soit les lâches, les hypocrites, les orgueilleux, les arrogants, les profiteurs, les égoïstes, les menteurs, les malfaisants, les intéressés, les opportunistes, les sans scrupules... la liste n'est pas exhaustive. De la base jusqu'au sommet, je vomis ces gens-là. Tous, sans exception. Le manque de courage, l'absence de valeurs caractéristiques de la quasi totalité de la population mondiale -tant des moutons que des élites- fait que notre planète est au bord de l'asphyxie et du chaos. Des irresponsables dangereux. Que l'on ait confié les rênes de notre planète à ces individus prouve bien la déliquescence tant de la conscience humaine que du sens de l'honneur. Ils n'en ont aucun. Ils sont méprisables et je les méprise. Nulle compassion et nulle pitié. Ce n'est pas en ayant pitié des gens que tu les aides à évoluer. Non. Il faut leur montrer l'exemple, leur dire qu'ils sont méprisables et qu'ils ne méritent nulle considération tant qu'ils persévèrent dans cette voie. C'est ainsi que je vois la chose.

Ainsi ce matin, je faisais mes courses dans un magasin où il y avait une dégustation de fromage. Juste en face du stand du boucher qui se prénomme Robert et qui est un con fini. Au moment où j'arrive à proximité, je l'entends qui vocifère et me prenant à témoin gueule  :

-Ca fait quatre fois qu'il passe pour bouffer du fromage !

-Qui ça ? je lui demande...

-Ce zonard là !

Et il me montre un jeune avec un jean tout troué en train de mettre un morceau de gruyère dans sa bouche...

-Et alors ? Où est le problème ? ai-je dit calmement et sans sourire... le Robert m'a regardé avec un oeil torve. Il est à toi le fromage ? Tu le payes ?

-Non. Mais...

-Alors qu'est-ce que ça peut te foutre que ce jeune homme mange du fromage ? Est-ce que ça t'appauvrit ? Est-ce qu'il te vole quelque chose à toi ? Mais qu'est-ce que c'est que cette mentalité de merde ?

Et là, je me suis avancée vers le garçon, je lui ai tendu une assiette en disant "Mange ma part. Car c'est bien du fromage que l'on peut déguster, n'est-ce pas Robert ?"  Vous auriez vu la gueule du boucher, ça valait le coup d'oeil. j'en ai profité pour tendre une autre assiette aux personnes qui venaient de rejoindre le stand. Il y en a même une qui s'est exclamée : "Mais enfin, oui, Robert, qu'est-ce que ça peut te faire que ce jeune mange du fromage, s'il a faim ?"

-C'est pas pour moi que je fais le gendarme ! a-t-il eu le culot d'ajouter.

Alors là, je me suis avancée vers lui comme Clint Eastwood dans le Bon, la Brute et le Truand... un frigo rempli de viande sous cellophane nous séparait...

-T'es boucher ou t'es flic ?

Il a ouvert la bouche comme une carpe qui manque d'air...

-Mais enfin, nom de dieu ! Je fais ce qu'on me demande !

-Qui te le demande ?

-Les patrons.

-Donc les patrons te payent aussi pour faire le mouchard. Ou est-ce compris dans le salaire du boucher ? Il me semble que le mouchardage sort de tes attributions. Ou tu t'occupes de la barbaque ou tu deviens flic. Il faut choisir. Je vais te dire, Robert... toi à l'époque de Vichy, tu aurais fait un bon collabo. La délation, c'est ton truc.

-OHHHHHHH......

-Oui, mon gars. Tu fais partie de ces individus sinistres qui n'en ont rien à foutre de la misère humaine. Absolument rien. Que les gens crèvent de faim, ce n'est pas ton problème.

-Ils ont qu'à travailler ! a-t-il gueulé à s'en écorcher la voix...

-Ah parce que tu juges aussi de qui doit travailler ou pas, toi ? On te connait Robert, ici, on te connait. On sait comment tu surveilles les voleurs et comment tu les coinces dans l'arrière boutique pour les frapper avant que les flics arrivent. Il y a même une de mes connaissances qui t'a envoyé un jour un coup en pleine poire et t'as eu l'oeil au beurre noir pendant huit jours. Et pendant huit jours, on s'est tous relayés pour voir de visu ta tronche marquée par la chevalière de Jimmy Granitas.

-Cette fripouille !

-La fripouille, c'est toi Robert ! Tu n'arrives pas à la cheville de Jimmy Granitas. Toi, si demain on se trouvait en pleine guerre et qu'il n'y aurait plus rien à bouffer, tu serais incapable d'être suffisamment débrouillard pour nourrir ta famille. Tu préfèrerais collaborer avec l'occupant, jugeant sans doute que c'est plus noble. Maréchal, nous voilà ! Je parie que tu votes Le Pen ou Sarkozy ! Suivons la loi à la lettre et cassons du pauvre !

-Bon maintenant y'en a marre ! Si ça continue j'appelle les patrons !

-Et bien appelles les ! Vas-y. Fais toi plaisir. Grosse balance !

-Oh bien sûr, a-t-il bredouillé... on sait bien que tu es du côté des voleurs.

-Les voleurs ont plus de courage que toi. J'en sais quelque chose, je l'ai  moi-même été dans mon jeune temps. T'as du bol que j'ai raccroché sinon je viderai ton magasin et t'y verrais que du feu ! Maintenant, je suis visiteuse de prison. Et oui, je m'occupe des voleurs. Car je sais pourquoi on le devient. Quand t'as pas de boulot, pas d'oseille pour bouffer, y'a pas trente six solutions. Ou tu crèves de faim ou tu voles. Ceci dit, le jeune homme là n'a rien volé. Et pourtant tu fais comme s'il t'avait pris ton casse-croûte. T'as une mentalité de minable. Comme le trois-quart des gens vivant sur cette planète. On n'essaie pas de comprendre, on juge, on condamne. Et surtout on fait chier le monde. Il est vrai qu'il est plus facile de s'en prendre à quelqu'un qui vit dans la misère plutôt qu'aux richards qui le deviennent en exploitant des pauvres types sans cervelle comme toi ! Est-ce que tu as une prime à la délation ? Et quand tu emportes des bouts de bidoche chez toi ou que tu en fais profiter certains de tes amis, est-ce que les patrons le savent ?

Là, je l'ai vu virer au vert...

-Ca va pas non ? s'est-il égosillé la voix rauque...

-Fais gaffe Robert... ici tout se sait. Je connais beaucoup de monde. Et avant hier j'ai mangé une entrecôte chez un ami d'un ami qui paye pas la viande cher grâce à toi. Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que je préviens tes boss ? Dois-je leur dire "vous employez un voleur qui se nomme Robert V. ? Vous lui dites de surveiller les voleurs mais en fait, le délinquant c'est lui ? Est-ce que tu crèves de faim Robert ? Ta femme travaille à la mairie, vous n'avez pas d'enfants à charge et malgré tout, il faut encore que tu rognes et que tu cloues au pilori un jeune qui mange du fromage de dégustation. J'ai tourné la tête vers le "dégusteur". Il y avait un sourire sur ses lèvres.

-Merci Madame, m'at-il dit.

-Ne me remercie pas. On va demander à ce cher Robert de te couper une belle tranche de rumsteack... puis me tournant vers le boucher... en comptant bien sûr sur ton "bon coeur" pour me faire une petite ristourne. Ce sera le prix... de mon silence. Je suppose que tu tiens à garder ta place ?

Le Robert m'a regardé, sidéré. Puis il s'est emparé d'une énorme pièce de viande et l'a balancée rageusement sur l'établi...

Je vous l'ai dit... j'ai décidé de faire chaque jour une bonne action... et ce ne sont pas les occasions qui manquent quand on est poète...


Adriana Evangelizt

Publié dans Guerrière

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André 23/09/2006 15:19

Adriana, tu me fais penser au livre de Stanley Milgram intitulé "soumission à l'autorité".  Milgram a démontré dans son laboratoire de psychologie expérimentale qu'une grande partie de la population pouvait, en abdiquant son libre-arbitre et en se soumettant à une autorité jugée supérieure se comporter en tortionnaire conmme les nazis.Pauvre Robert! J'espère pour lui que le soir il a pu réfléchir à  la leçon que tu lui as donnée ce jour-là. Si c'est le cas, tu lui auras fait un magnifique cadeau.

antoine 18/09/2006 06:34

bonjour, je viens de parcourir votre site ce matin en essayant de comprendre les infos concernant les petits sauts des éléphants du ps vers la l'investiture du pouvoir qu'ils espèrent prendre à Ségolène, je suis stupefait par la qualité de vos textes et de la réalité des sujets.

c'est bien, de mon coté je suis aussi en colère contre cette societé de combines qui ne laisse la place qu'au pouvoir et à l'argent et pourtant je suis plein de convictions qui sont en train de disparaitre au fil des temps en lisant regulierement les infos, le plus inquietant c'est que je represente la tranche du francais moyen qui en a marre de ce faire avoir par la politique et l'argent et qui commence à av oir des difficultés ...il est temps et il est urgent que ces politques le comprenne car le reveil sera tardif mais il risque d'etre violent...
dommage.
antoine

Adriana Evangelizt 18/09/2006 06:43

Bonjour Antoine...
Je vous remercie pour votre commentaire. Je pense que c'est la conscience humaine universelle qui peut sauver le monde.. il faut qu'il y ait un sursaut de l'Humanité. Enfin, franchement, est-on obligé de supporter l'insupportable ? Sommes nous venus au monde pour cela ? Si nous voulons que le monde change, c'est à nous de le changer. Il faut s'unir contre les quelques vampires qui sucent le sang de notre planète. Tout est possible...
Mes Amitiés
Adriana Evangelizt